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La NON REMONTÉE est toujours et plus que jamais  d'actualité et parce qu'une décision d'équipe a plus de poids et parce qu'on croit au collectif nous vous proposons un modèle de motion de conseil des maitres: ICI

 

Evaluations en CP et CE1 : comment être contre ?

Dans la logique des circulaires sur le français et les mathématiques, parues au printemps, le ministère tente d’imposer des tests standardisés en CP et CE1. Le calendrier prévoit une première série en septembre/octobre, et une seconde en mars pour les CP. Les finalités affichées sont de « faciliter la personnalisation des enseignements ». Qui pourrait être contre ? Et pourtant, ça bruisse dans les cours de récréation... Tentative de tour d’horizon.

 

 « Piégeuses, touffues, stressantes si on respecte les temps donnés... » La qualité des exercices, notamment en Français, est souvent mise en cause. Il est vrai que l’on pouvait attendre autre chose de « l’école de la confiance » et de la « bienveillance » !

 

 Au-delà de ce problème, la charge de travail supplémentaire qu’implique la saisie des résultats est souvent évoquée. C’est d’ailleurs sur cet aspect-là que le syndicat SE-unsa a communiqué : il se targue d’avoir obtenu le défalquage de 5 heures d’APC pour la saisie. Amusant, quand on sait que ce même syndicat dénonçait il y a peu « une approche libérale bureaucratique du pilotage de l’Éducation nationale ». Sur le marché de la trahison, certains ne coûtent pas très cher...

 Plus inquiétant, se profile le spectre du paiement au mérite, au service duquel on pourrait utiliser les évaluations. Ce n’est sans doute pas pour demain, mais le gouvernement a acté en juin "la refonte de la rémunération des agents publics [...] et la généralisation de la rémunération au mérite au niveau collectif et individuel". Il veut "modifier la structure des rémunérations en donnant plus de poids aux indemnités et moins au traitement indiciaire, reconnaitre plus le « mérite » comme levier de gestion des ressources humaines". L’idée serait que, pour une plus grande efficacité, le salaire fixe serait plus faible et le supérieur hiérarchique du fonctionnaire, le chef d'établissement par exemple, déciderait du montant de la prime versée à chaque fonctionnaire.

 Dans le registre de l’efficacité, le ministère ne se cache pas de s’appuyer sur les évaluations pour modifier les pratiques, c’est-à-dire imposer celles qu’il préconise. Par exemple, nul besoin d'inscrire le recours à la méthode syllabique stricte dans les textes pour l'imposer dans les classes, il compte sur la pression des familles et de la hiérarchie.

 

Toujours sur cet argument d’efficacité du pilotage par les résultats, on peut regarder ce qui se fait outre-Atlantique :

- Effets pervers de bachotage (« teaching to the test »). Plus près de nous, au moment des évaluations CM2 imposées sous Sarkozy, on a constaté en Mayenne que certains collègues plus angoissés que la moyenne faisaient des révisions avant les passations, en utilisant les tests des années antérieures...

- Appauvrissement des pratiques pédagogiques : on se focalise sur ce qui « rapporte », on ne « perd » pas de temps sur des projets peu « rentables ». Le risque, lorsqu’on s’appuie toujours sur du quantifiable, c’est que ce qui ne l’est pas soit délaissé. Ainsi, on peut craindre que l’absence de la production d’écrit dans les évaluations ait pour conséquence sa moindre pratique, alors qu’elle devrait apparaitre comme l’un des aboutissements de l’enseignement...

- Délaissement des élèves les plus fragiles, peu avantageux en termes de rapport temps passé/bénéfice. De façon inconsciente, la concentration de l’effort des enseignants a tendance à se faire sur les élèves « moyens », qui ont un meilleur « retour sur investissement » !

 

 Mieux encore : le néo-management a pour objectif d’amener le salarié à accepter la contrainte en la faisant sienne. Partant d’un besoin parfaitement compréhensible - celui de situer ses élèves par rapport à ceux des autres classes du pays - on rend le prof acteur de sa propre aliénation : c’est lui qui, de peur de mettre ses élèves et lui-même en échec, va leur faire passer des tests, tests qui lui prouveront qu’il a une mauvaise pratique, pratique qu’on va lui reprocher et qu’il va « adapter » en fonction d’objectifs, objectifs qu’il fera siens et qui lui feront oublier qu’un jour il a pu avoir sa propre pédagogie...

Force est de constater que la toile d’araignée du néo-management a encore progressé depuis les années Darcos (2009). Le protocole des évaluations retire même aux enseignants la possibilité d’analyser par eux-mêmes les résultats. Pas de barème, pas d’interprétation : le PE ne fait que saisir les réponses dans son ordinateur. Il n’est plus qu’un opérateur intégré, prolongement humain d’une machinerie qui a même prévu ses paroles (les indications telles que « BRAVO, vous avez bien travaillé » ponctuent d’ailleurs les exercices).

Au passage, ce système a un autre avantage pour le pouvoir, que nous - militants syndicaux -  n’avions pas anticipé : il rend presqu’inopérants les appels à ne pas remonter les résultats. Car, si on n’entre pas les résultats, on n’obtient pas le « profil » des élèves, et voilà donc des heures de travail réduites à néant !

Une fois bien empêtrés dans la toile d’araignée dans laquelle nous nous sommes jetés, et ce – rappelons-le - sans obligation légale, il ne nous reste qu’à envisager la suite.

Soit on se dit qu'après tout il est bien agréable de s’en remettre à notre bon père Blanquer, ses protocoles sécurisants, son petit livre orange, ses « préconisations » insistantes et paternalistes, ses assurances sur l’innocuité de tout cela (même l’hébergement des données sur Amazon est sans danger...).

Soit on décide qu’on ne nous y reprendra plus la prochaine fois. Que des évals, on en veut bien, mais des pas obligatoires et pas centralisées. On se met dans la tête qu’on a le choix, qu’on n’est pas des moutons et que, d’ailleurs, personne ne sera fusillé, ni même licencié, pour avoir refusé de les passer. Et on se reconcentre sur nos pratiques, nos projets, nos raisons d’enseigner et nos lendemains qui pourraient chanter autrement que comme un protocole de passation !

 

 

 

Ensemble, résistons aux évaluations nationales

 

Les organisations syndicales de la Mayenne : SNUIPP, CGT éduc'action, SNUDI-FO et SUD éducation, dénoncent les évaluations nationales qui doivent se dérouler fin septembre dans les classes de CP, CE1.

 

Dans  le 1er degré, beaucoup d’exercices sont mal conçus : ils mettront les élèves en difficulté sans être un outil professionnel pertinent.

 

Nous considérons que le ministre cherche surtout à imposer une politique éducative basée sur le contrôle et non sur la confiance comme il le prétend. Nous nous opposons à l’idée que l’éducation nationale serait à « piloter » à partir de tests uniformes sans prise en compte des particularités que nous rencontrons chaque jour dans nos classes.

 

Au regard des déclarations du ministre qui souhaite gérer les « ressources humaines » au « mérite » pour les mutations et les promotions, nous considérons ces évaluations également dangereuses pour les personnels. En aucun cas elles ne seront de simples évaluations diagnostiques. En effet, le lien de ces évaluations nationales avec l'évaluation des personnels, et la volonté ministérielle d'évaluer les établissements ne fait aujourd'hui aucun doute. Cela n'aura pour conséquence que de diviser les personnels et de mettre les écoles en concurrence.

 

Nous revendiquons la liberté pédagogique qui est la reconnaissance du professionnalisme des enseignants. C’est cette liberté qui permet de prendre en compte les besoins des élèves dans les classes.

A l’opposé du mythe de l’évaluation, nous revendiquons notamment une meilleure formation continue, sur le temps de service, basée sur les besoins réels.

 

Pour s’opposer à ces évaluations, nos organisations syndicales appellent les enseignants :

 

- à les utiliser, ou non,  et comme ils le jugeront pertinent,

- à organiser collectivement la non-remontée des résultats,

- à porter la critique de ces évaluations dans les conseils d’école.

 

Nos organisations s’engagent à soutenir les collègues dans ces démarches. Nous invitons nos collègues à nous faire connaître leurs décisions et à contacter leurs organisations syndicales en cas de pressions.

 

Les organisations syndicales SNUIPP, CGT éducation, SNUDI-FO et SUD éduc'action de la Mayenne rappellent avec force le caractère strictement facultatif de ces évaluations, tant sur la passation que sur la remontée des résultats, caractère facultatif qu’aucun texte réglementaire ne vient contredire.

 

 

A Laval le 19 septembre 2018

 

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